Cristina d’Espagne, une princesse sur le banc des accusés

Son absence avait été très remarquée lors de l’intronisation de son frère, le roi Philippe VI d’Espagne, en juin 2014. Impliquée dans une affaire de fraude fiscale rocambolesque aux côtés de son mari — l’ancien athlète et duc de Palma Iñaki Urdangarin — l’infante Cristina d’Espagne avait été tenue éloignée du palais royal et des (sobres) festivités mises en place pour saluer l’arrivée du nouveau monarque à la tête du pays.

Un choix facilement compréhensible, l’accession au trône du roi Philippe VI d’Espagne étant survenue dans un contexte particulier. Alors que l’Espagne s’enfonçait dans la crise, ployant sous le poids de politiques de rigueur implacables, le roi Juan Carlos, à la santé pourtant fragile, menait un train de vie dispendieux et franchement contestable, fait de safaris en Afrique où il allait tuer l’éléphant aux côtés de sa maîtresse.

Outré, le pays songeait alors à changer une nouvelle fois de régime : mettre fin à l’épisode monarchique pour passer à une république. Sentant monter la colère du peuple et le sérieux de cette position, Juan Carlos décidait alors d’abdiquer et de laisser les rênes à son fils.

Dans ce contexte très particulier, l’infante n’avait aucune chance de passer entre les filets de la justice et de bénéficier d’un passe-droit dû à son statut particulier. Si le roi tombe, il n’y a aucune raison que la princesse soit préservée.

Et préservée, elle ne l’est pas. Le tribunal de Palma de Majorque, aux Baléares, a rejeté les demandes d’abandon des poursuite à l’encontre de la princesse de la défense et du parquet. Elle devra donc comparaître, aux côtés de son mari et de dix-sept autres accusés pour avoir soustrait au fisc des revenus provenant du détournement de près de 6 millions d’euros de fonds publics. L’infante Cristina encourt jusqu’à huit ans de prison, mari, jusqu’à dix-neuf ans de réclusion criminelle.

 

Inaki Urdangarin et l'infante Cristina lors du mariage du prince héritier Frederik du Danemark, en 2004
Les jours heureux : Iñaki Urdangarin et l’infante Cristina lors du mariage du prince héritier Frederik du Danemark, en 2004

 

Le procès de l’infante Cristina d’Espagne et d’Iñaki Urdangarin a évidemment une portée symbolique. Privilégiés parmi les privilégiés, il a paru incompréhensible à de nombreux Espagnols que deux individus littéralement au sommet de l’État s’adonnent à de tels agissements. Comme l’a déclaré l’association civile d’extrême-droite Manos Limpias (« Mains propres »), à l’origine de la plainte contre la princesse, ne pas payer ses impôts « nuit au budget et à la répartition équitable des fonds publics ». Il s’agit également pour la justice espagnole de prouver que la justice est la même pour tous et que personne — proche des cercles du pouvoir ou non — n’est au-dessus des lois.

 

 

© Getty

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