Les stéréotypes sur le viol ont la vie dure

L’association Mémoire traumatique et victimologie a réalisé un sondage sur la perception qu’ont les Français du viol, et les résultats de l’étude montrent que les idées fausses sont encore très largement répandues dans le pays… et ce, chez les deux sexes.

Un état des lieux surprenant, qui prouve — si besoin en était — que la prévention est plus que jamais nécessaire.

L’étude, conduite via internet du 25 novembre au 2 décembre 2015 sur un échantillon de 1001 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas, consiste en une série de questions au sujet du viol, de la sexualité et de la responsabilité des parties.

 

Le viol, cet inconnu

Elle nous apprend que les préjugés les plus ancrés concernent les sexualités masculine et féminine. Ainsi 61% des Français et 65% des Françaises considèrent encore que « pour un homme, c’est plus difficile de maîtriser son désir sexuel que pour une femme », et 72% des Français et 78% des Françaises pensent toujours qu’« en règle générale, les femmes ont besoin d’être amoureuses pour envisager un rapport sexuel ».

Sur la base de constat, il est aisé de comprendre pourquoi une partie de la population persiste à faire peser le poids de la responsabilité du crime sur la victime.

  • 27% des sondés estiment, par exemple, qu’un violeur peut être déresponsabilisé si les femmes ont déjà eu des rapports sexuels avec la personne qui les a violées, ou si elles se promènent dans la rue avec des tenues très sexy.
  • 36% pensent qu’un violeur peut être déresponsabilisé si des adolescentes (!!!) ont une attitude séductrice avec des hommes adultes, ou si une femme acceptent de se rendre, seules, chez un inconnu.
  • 38% blâment les femmes qui flirtent avec le violeur, mais ne voulaient pas avoir de relations sexuelles avec lui.
  • 40% font peser la responsabilité sur celles qui ont une attitude provocante (!!!) en public (restaurant, boîte de nuit)

 

Plus effrayant encore, dans beaucoup d’esprits, la définition du viol est à géométrie variable. Près de 30% de Français (28%) considèrent qu’une fellation forcée relève de l’agression sexuelle et non pas du viol. Une idée contredite par le Code pénal, qui indique que « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur a personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol ». 26% pensent que menacer une personne pour qu’elle accepte, après coup, d’avoir des relations sexuelles sans résistance relève de l’agression sexuelle et non du viol. 13% jugent encore que forcer sa conjointe ou sa partenaire à avoir un rapport sexuel alors qu’elle refuse et ne se laisse pas faire relève de l’agression sexuelle et non du viol.

La quasi-totalité de la population (96%) s’accorde néanmoins à penser que forcer une personne à avoir un rapport sexuel alors qu’elle refuse et ne se laisse pas faire constitue un viol.

 

Des mythes sur le viol persistants et tenaces

Les Français ne mésestiment pas seulement la définition du viol, ils ignorent également où ils surviennent, qui sont les principaux agresseurs, à combien on estime le nombre de victimes et le nombre de plaintes déposées par rapport aux nombres de crimes perpétrés.

L’étude montre qu’une majorité de la population (55%) pense encore que l’espace public (la rue, les parkings, les transports en commun) est plus dangereux que le cercle familial. En réalité, 58% des viols sont perpétrés dans le couple ou dans le cercle familial pour les mineurs.

44% des sondés pensent qu’une personne court plus le risque d’être violée par une personne qu’elle ne connaît pas. Dans les faits, dans 90% des cas, la victime connaît son agresseur.

Et si le nombre annuel de viols est aussi sous-estimé : 41% des personnes interrogées le situent entre 10 000 et 50 000 alors qu’il s’élève à 98 000, hors prise en compte des violences sexuelles sur mineurs — en les incluant, « on arriverait sûrement à un chiffre supérieur à 200 000 », affirme l’association —, le nombre de plaintes, lui, est surestimé. Les Français estiment que 25% des victimes portent plainte, quand ce nombre s’élève en fait à seulement 10%.

32% des interrogés pensent que certaines victimes accusent une personne de viol par déception amoureuse ou pour se venger, et 23% estiment que c’est pour attirer l’attention.

 

 

© Karen Nagato / Pixabay

 

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